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Banque/ Assurance

Dette souveraine française : quels risques pour les assureurs ?

La dégradation de la note souveraine française ouvre une phase de vigilance accrue pour l’ensemble de l’écosystème financier, et en particulier pour les assureurs, grands détenteurs d’OAT et financeurs de l’État. Pour les directions financières et investissements des compagnies, l’enjeu est double : piloter l’exposition au risque souverain sans fragiliser la solvabilité ni la performance servie aux assurés (fonds en euros, unités de compte). Dans cet article publié par La Tribune de l’assurance, Olivier Fatus, associé, et Eric Jeanne, Directeur (BM&A), décryptent les impacts concrets de cette situation sur les portefeuilles obligataires, le cadre Solvabilité II et les arbitrages d’allocation.

Une exposition structurante

Les assureurs comptent parmi les acteurs incontournables du financement de la dette publique.  À la fin du premier trimestre 2025, les assureurs nationaux détenaient environ 10% du total de la dette négociable de l’État français, un poids tout à fait comparable à celui des établissements de crédit.  De ce fait, la notation souveraine est un sujet hautement stratégique, tout particulièrement pour les assureurs-vie qui investissent massivement sur ce marché dans le cadre de la gestion de leurs contrats.

Des portefeuilles sous pression

Même si les obligations assimilables du Trésor (OAT) n’excèdent généralement pas 20% des placements, fin 2024, 62% des portefeuilles obligataires de ces acteurs étaient en situation de moins-values latentes — une situation directement accentuée par la baisse de la note souveraine.  Cette dégradation pèse en effet sur le cours des obligations.  Dans un scénario extrême, une dépréciation trop forte pourrait même questionner la capacité des assureurs les plus exposés à honorer la totalité des engagements couverts par ces placements.

Un impact prudentiel limité

Sur le plan réglementaire, Solvabilité II ne pénalise pas les obligations souveraines de la zone euro, en leur appliquant une charge en capital nulle.  Cependant, la baisse de valeur des OAT détenues et la hausse des taux d’intérêt sur les nouvelles émissions influent malgré tout sur certains composants du ratio de solvabilité.  Cet effet reste néanmoins modéré, largement compensé par l’importante diversification des investissements des compagnies et par la coordination protectrice des politiques monétaires européennes.

Des arbitrages stratégiques

L’inertie des taux pénalise les fonds en euros : les obligations étant souvent conservées jusqu’à leur terme, la hausse des taux ne se répercute que très lentement sur les rendements servis.  Pour lisser cet impact et éviter un risque de rachats massifs, les assureurs mobilisent leurs réserves, mais encouragent surtout la souscription en unités de compte.  Cela permet de réduire leur exposition au risque souverain, ce dernier étant alors supporté par l’épargnant.  À la fin de l’année dernière, ces supports captaient déjà 38% des versements en assurance-vie.

Conclusion

Les assureurs restent globalement protégés grâce à la diversification de leurs placements, mais la dégradation durable des finances publiques françaises appelle à une vigilance renforcée et pourrait conduire à une réorientation progressive des allocations. Chez BM&A, notre équipe Banque-Assurance accompagne les acteurs du secteur dans l’analyse et la gestion de ces enjeux. Pour en savoir plus, contactez Olivier Fatus. L’article complet est disponible sur La Tribune de l’assurance.