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Audit légal et contractuel, Lettre d'Actualités Techniques

Renforcement de la lutte contre les fraudes aux aides publiques

En période de crise (telle que celle de la Covid-19), de contexte économique difficile, ou encore lorsque l’Etat souhaite orienter les investissements, celui-ci intervient de façon habituelle en aidant financièrement les entreprises. Or, les constats du gouvernement1 mettent en exergue une augmentation des fraudes aux aides publiques. Aussi, une nouvelle loi2 vient d’accroitre les moyens pour lutter plus efficacement contre ce type de fraudes. En voici les principales mesures.

Levée du secret professionnel en faveur des agents de la DGF

Dans le cadre de leurs missions de vĂ©rification et de contrĂ´le, les membres de l’inspection gĂ©nĂ©rale des finances (DGF) ont accès Ă  tous les renseignements, les documents et les informations relatifs Ă  la gestion des services et des organismes soumis Ă  leur contrĂ´le et nĂ©cessaires Ă  l’exercice de leurs attributions. Dans l’exercice de ce droit de communication, les personnes suivantes ne peuvent opposer le secret professionnel (sauf rares exceptions tel le secret de la dĂ©fense nationale ou le secret mĂ©dical) :

  • Les agents des entitĂ©s vĂ©rifiĂ©es ou contrĂ´lĂ©es ;
  • Les agents des entitĂ©s qui exercent un contrĂ´le exclusif ou conjoint sur les entitĂ©s vĂ©rifiĂ©es ou contrĂ´lĂ©es ;
  • Les commissaires aux comptes des entitĂ©s vĂ©rifiĂ©es ou contrĂ´lĂ©es, y compris les commissaires aux apports et les commissaires aux fusions.

Il est également prévu une peine d’astreinte lorsque ces personnes ne font pas droit aux demandes des agents de la DGF.

L’échange d’informations entre services de l’administration

D’une manière gĂ©nĂ©rale, la loi facilite l’Ă©change d’informations entre les administrations et les services publics.

Ainsi, la cellule de renseignement financier nationale (TRACFIN) pourra dĂ©sormais transmettre aux administrations (dont l’administration fiscale) toute information en relation avec leurs missions respectives (nouvelle rĂ©daction de l’article L. 561-31 du CMF).  La liste des destinataires de ces informations a Ă©tĂ© publiĂ©e rĂ©cemment2.

L’administration fiscale, dans le cadre de ses contrôles, doit aussi communiquer les informations utiles à l’instruction et au contrôle des aides publiques, ou des enquêtes liées à la fraude, aux autres administrations compétentes.

Signalons également que plusieurs administrations auront un droit d’accès automatisé au FICOBA (fichier national des comptes bancaires et assimilés). Tel est le cas pour l’Agence de services et de paiement et la DGCCRF.

Les agents des organismes de protection sociale (URSSAF, MSA, CAF…) qui suspectent ou qui constatent une fraude en matière sociale pourront transmettre tout document utile aux agents des services préfectoraux. / 5-4

Le secteur de la formation professionnelle fait l’objet de mesures particulières eu Ă©gard Ă  l’ampleur des irrĂ©gularitĂ©s constatĂ©es dans ce domaine. Ainsi, est autorisĂ©e l’Ă©change d’informations entre les diffĂ©rents services de l’État impliquĂ©s dans le financement de la formation professionnelle et le secret professionnel ne peut ĂŞtre invoquĂ© face aux demandes Ă©manant de ces services. : administration fiscale, organismes de SĂ©curitĂ© sociale, France compĂ©tences, etc. Le secret professionnel ne peut pas ĂŞtre opposĂ© aux demandes effectuĂ©es par ces services. De plus, la loi autorise expressĂ©ment l’Ă©change d’informations avec les financeurs des formations (opĂ©rateurs de compĂ©tences) et les certificateurs de la qualitĂ© de la prestation (Qualiopi).

Dans le domaine de la protection sociale, on note aussi l’émergence d’un contrĂ´le mutualisĂ© des risques de fraude grâce aux Ă©changes entre services concernĂ©s. D’ailleurs, les agents des organismes de protection sociale pourront transmettre toute information aux agents des services prĂ©fectoraux lorsqu’ils suspectent ou constatent une fraude.

Sanctions renforcées

En ce qui concerne la crĂ©ation d’une entreprise, la loi instaure une nouvelle sanction en cas de non-immatriculation au registre national des entreprises (RNE).  Ainsi, une amende de 7 500 € est prĂ©vue pour les entreprises qui n’ont pas procĂ©dĂ© aux formalitĂ©s d’immatriculation requises Ă  la suite d’une injonction des agents de la concurrence, de la consommation et de la rĂ©pression des fraudes.

La loi introduit Ă©galement un dispositif gĂ©nĂ©ral de suspension temporaire des aides publiques en cas de suspicion de fraude (manĹ“uvres frauduleuses ou manquement dĂ©libĂ©rĂ© Ă  une obligation). 

Enfin, les sanctions pour fraude aux aides publiques sont augmentées. Outre la récupération des sommes indûment versées, ces dernières pourront être majorées de 50 %, voire de 100 % en fonction de la gravité des faits.

Pour conclure

Cette loi marque un renforcement transversal du contrôle des agents de l’administration qui devrait améliorer l’efficacité de la lutte contre le détournement de fonds publics. Elle s’inscrit dans la mouvance européenne dans la gestion des aides et subventions, notamment avec la création de l’Office européen de lutte antifraude (OLAF). En effet, la fraude constitue un enjeu majeur de l’allocation des fonds publics.

1Ministère des comptes publics, Bilan 2024 « Lutter contre toutes les fraudes », mars 2025.

2Loi n° 2025-594 du 30 juin 2025 contre toutes les fraudes aux aides publiques.

3Arrêté du 8 septembre, JON du 9.